Au moment où vous terminiez vos études secondaires, vous étiez probablement motivé et impatient de découvrir ce que l’avenir vous réservait. La vie vous semblait pleine de nouveauté et de liberté, même si vous ne saviez pas dans quel type d’études vous alliez vous lancer.
Enfin, vous alliez pouvoir étudier ce que VOUS aviez décidé d’étudier : plus de cours généraux, dont vous ne voyiez pas la finalité, enfin, vous seriez considéré comme un adulte à part entière. L’université apparaissait comme le summum de l’éducation, les cours seraient captivants, les profs tout autant, il y aurait des débats d’idées, des moments d’intense réflexion et de profonde concentration.
Après vos études, diplôme en poche, le monde du travail s'offrirait à vous !
Un job fait pour vous, varié et passionnant chaque jour. Et puis, après quelques années d’expérience, pourquoi ne pas devenir votre propre patron ?
La vie semblait toute tracée, la route dégagée et le bout du chemin ensoleillé.
Cependant, l’avenir n’est jamais comme on s’attend à ce qu’il soit. En fait de cours captivants, l’université ne vous a offert que des logorrhées sans consistance, des cours « d’introduction à ». Les débats d’idées et les moments d’intense réflexion tant espérés se révélèrent être des questionnaires à choix multiples et des syllabi à apprendre par cœur, comme on gave une oie avant l’abattoir.
Je ne suis pas allée plus loin sur le chemin de la déception. Je me suis arrêtée là, avec l’amer sentiment de m’être fait avoir. Après toute une jeunesse à attendre l’université, j’ai eu l’impression qu’on me prenait pour une conne, tout juste capable d’ingurgiter de la matière, et de la régurgiter sous forme de réponse « A, B, ou C ».
Donc, retour à la case départ, diplôme d’humanités obtenu, que faire? S’inscrire au Forem, bien sûr. « Forem », pour « FORmation et EMploi ». En soi, qu’un organisme se propose de m’ aider à trouver du boulot, c’est magnifique, parfait, aidez-moi donc! Me voilà inscrite en stage d’attente, 9 mois pour trouver un job, sans néanmoins recevoir d’allocations de chômage. J’ai tout de même droit à des entretiens de suivi régulier, des formations gratuites, l’accès à des offres d’emploi,…
C’est super tout ça. Oui, mais il y a toujours un mais.
L’objectif du Forem est de caser tous les demandeurs d’emploi au boulot AVANT la fin du stage d’attente. Logique, me direz-vous. Et ces demandeurs d’emploi doivent suivre plusieurs règles.
Passons sur l’accueil plutôt froid à la Maison de l’Emploi, l’infantilisation des nouveaux inscrits et la séance d’information « vivement conseillée », inutile car elle n’informe de rien de nouveau.
Premièrement, ils sont obligés de postuler à toutes les offres que leur soumet leur conseiller. Qu’elles soient intéressantes ou pas de leur point de vue. C’est une obligation, et il faut avoir des preuves! Sinon, PAS D’ALLOCATIONS DE CHÔMAGE!
Deuxièmement, s’ils trouvent un job à temps partiel, ils doivent continuer à chercher pour un temps plein. C’est une obligation. Sinon, PAS D’ALLOCATIONS DE CHÔMAGE!
Troisièmement, s’ils ont un job à trois quart temps, ils ne pourront jamais en changer pour un job à moindre temps. Il faut toujours viser plus de temps. C’est une obligation. Sinon, PAS D’ALLOCATIONS DE CHÔMAGE!
En bref, admettons que je trouve un job à trois quart temps, mais que je déteste ce boulot, je m’y sens mal, je ne m’entends pas avec les collègues et je suis vraiment très malheureuse. Eh bien, je ne pourrai jamais postuler pour un job à mi-temps qui me passionne. Jamais.
Finalement, l’objectif du Forem est donc de mettre tout le monde au boulot, et ce quelles que soient les aspirations ou sentiments de « tout le monde ». Que vous soyez heureux et épanoui dans votre job, on s’en fout, après tout, il faut bien travailler pour payer les factures, pour ne pas être un chômeur, un « assisté parasite du système ». N’importe quel job est bon à prendre et doit être prit.
Avoir fait des études supérieures n’y change strictement rien. Oui, vous serez payé plus. Vous deviendrez (peut-être) un cadre, un digne membre de la classe moyenne pas si aisée que ça qui roule en voiture de marque, paye toutes ses factures et SE FAIT CHIER, tout ça pour profiter de sa maigre retraite à 65 ans.
Avoir 20 ans aujourd’hui, c’est assumer la perspective d’un avenir pourri. De moins en moins de boulot disponible, de plus en plus de qualifications requises, une sécurité sociale petit à petit détricotée. De moins en moins de pétrole et d’eau, et de nourriture pour tous, conséquence du réchauffement climatique. On n’aura pas le choix, il faudra affronter tout ça.
Mais l’affronter EN PLUS de supporter un job pourri ? Très peu pour moi.
Beaucoup parmi vous me répondront que je suis naïve d’avoir cru que la vie serait passionnante, épanouissante, belle. Vous me direz, et vous ne serez ni les premiers ni les derniers, « on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie! », avec cette pointe de fatalisme si agaçante. Certains sont peut-être même d’accord avec la façon dont notre société fonctionne. Trimer toute sa vie sans se poser de questions. Voilà une belle manière d’utiliser son temps sur terre. Aussi naïve que je puisse paraître, je refuse que ma vie se résume à votre fatalisme.
Alors pour moi, avoir 20 ans aujourd’hui, c’est refuser de faire des études « par sécurité », c’est refuser l’avenir tout tracé de mes camarades de classe « futurs cadres ». C’est décider qu’après tout, un rêve « inaccessible » ne l’est peut-être pas tant que ça, et me donner les moyens pour l’atteindre.
C’est montrer à tout ceux qui pensent « on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie !» qu’ils se trompent, et que s’il n’ont pas fait ce qu’il voulaient de leur vie, ça ne nous empêchera pas, moi et d’autres jeunes, de faire de notre vie ce qu’on en avait imaginé quand nous étions naïfs et pleins d’espoirs.
Au moins, il nous reste cette liberté là.
Je tiens à préciser que cet article est à la base destiné à être publié dans une feuille de chou politique, mais comme je vous aime, vous avez droit à l'exclusivité. Pour les Frenchies, le Forem c'est l'équivalent du pôle-emploi chez vous.